Alain Minc est un personnage puissant dans la république de Nicolas Sarkozy. Il est un des visiteurs du soir les plus assidus et les plus écoutés du chef de l’Etat. Il est à l’origine par exemple de l’idée de supprimer la publicité sur les chaînes publiques et d’organiser des Etats Généraux de la presse sous la houlette de l’Elysée. Il est introduit dans les milieux d’affaires et conseille de manière officielle ou officieuse la majorité des entreprises du CAC40.

Ses conseils d’ailleurs ne sont pas toujours judicieux : son passage à Saint Gobain n’a pas laissé que des bons souvenirs ; Carlo de Benedetti ne se pardonne pas de l’avoir écouté ; les journalistes et lecteurs du journal “Le Monde” se souviendront longtemps de la gestion de A. Minc qui a failli ruiner le journal. On pourrait dire qu’A. Minc est un personnage très intelligent dont il vaut mieux fuir les conseils.

Ca c’est Minc l’intelligent, celui que chacun peut apprécier même lorsqu’on est pas d’accord avec lui. Mais il y a un AUTRE MINC. Celui qui donne conseil à tous, et souvent conseil commun à des hommes ou entreprises qui s’affrontent. Minc devenu lui-même pouvoir à part entière, mais échappant au jugement des autres. Cet A. Minc là passe ses journées au milieu des vautours et des requins de la finance. Au centre de la galaxie industrielle et financière, il s’enquiert de toute fusion, acquisition ou montage financier d’importance. Il contribue à faire naître ou trébucher des opérations. Sans risquer son propre argent, mais s’appuyant sur le réseau qu’il s’est fabriqué au cours des années, il est devenu un acteur économique, financier et politique invisible, et d’autant plus puissant qu’il n’apparaît pas.

Le langage du second M. Minc, ne ressemble pas à celui qu’utilise le premier. En tant que pouvoir cette fois avec ses intérêts, il affronte des adversaires et n’hésite pas à s’approcher de l’injure. Ainsi, dimanche dernier, au Grand Jury RTL/LCI,  A.Minc avait averti : “je me lâche”, et de reconfirmer qu’à ses yeux François Bayrou est un “Le Pen light”, de critiquer vertement sa condamnation du retour annoncé de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, et surtout, de finir par ces mots : “François Bayrou veut être Péguy, catholique de progrès, en fait il se rapproche de Barrès, et parfois, je me demande s’il n’y a pas chez lui le soupçon de l’ombre d’un Maurras, catholique xénophobe… Tout cela me trouble.”

Démolissage en règle donc, et volonté délibérée de briser l’image de quelqu’un, laissant sous entendre que Bayrou pourrait masquer une nature ou des penchants xénophobes, quasi racistes, avec en surplomb, le risque éventuel et l’ombre d’un soupçon d’antisémitisme. Alors, la question est : pourquoi s’est-il lâché? pour reprendre ses propres termes. Pourquoi, Bayrou et l’écho qu’il reçoit chez les Français le dérangent-ils? Qu’est-ce qui peut le déranger si fortement qu’il abandonne son langage d’intellectuel pour adopter celui des requins de la finance?

Bon, celà dit, on va se consoler car être attaqué par A. Minc n’est pas forcément un mal. Et on peut bien se porter et prospérer sous les critiques de M.Minc. La preuve est apportée par l’inverse. De qui parlait A. Minc lorsqu’il écrivait en 2002 dans l’ouvrage “Le fracas du monde” publié aux éditions du Seuil ? “Il a inventé Vivendi comme son alter ego anglais (T.Blair) le Nouveau Labor. Il a pratiqué le même type de dialogue avec l’opinion publique, fait de naturel et de sophistication, de liberté et d’habileté. Ce sont les chefs de 3ème type, ceux qu’attendent une démocratie d’opinion et la société médiatique.” Il parlait ainsi de Jean Marie Messier dont il pensait à l’époque qu’il serait un possible candidat à la présidence de la République. On connait la suite : M. Messier quittait la scène après une chute mémorable, prétendant à des indemnités alors qu’il venait de ruiner le groupe qu’il présidait.

Louange de Minc est bien loin d’être un passeport pour la réussite.


Un article de Philippe Lapousterle pour lesdemocrates.fr



Commentaires



| 7 Commentaires

  1.    astrorock le 11 mars 2009 5:04

    Bonjour.

    Je serais tente, a l’aune de ce qui se deroule sous nos yeux, d’affirmer qu’il ne faut pas tirer sur une ambulance. Mais Alain Minc, tel le phenix qu’on n’aimerais pas qu’il fut, renais toujours de ses cendres.

    Mais les plus coupables ne sont’ils pas les medias qui continuent, comme si de rien n’etais, sans le mettre face a ses contradictions, sans lui rapeller les heures peut glorieuses ou il a quite ses oripaux de conseiller oculte pour s’essayer a la vrai gestion d’une entreprise,de l’inviter a nous distiller ses avis, pertinents, forcement pertinents, le tout professe avec cette pedanterie qui merite a chaque fois qu’il s’exprime qu’on le remette a sa place.

    Le mieux n’est’il pas que nous ignorions la baudruche Minc?

  2.    bcbg le 11 mars 2009 10:48

    très bonne analyse de philippe lapousterle … hélas.
    car ce minc rebondit et le manque d’imagination de la presse tv la font se tourner vers lui encore et encore, malgré les commentaires peu flatteurs des tvspectateurs (cf forum fr3)

  3.    enzo le 12 mars 2009 2:33

    Je viens de voir la prestation de Minc sur RTL.

    Si j’arrive à le suivre, émettre une critique sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN fait de Bayrou un “Le Pen light”, et est incompatible avec l’engagement européen…

    Je n’attends pas d’Alain Minc, conseiller du président Sarkozy, autre chose qu’une propagande démagogique. En revanche, Apathie et Mougeotte écoutent-ils seulement leur interlocuteur, pour tolérer de telles inepties sans réagir ?

  4.    vortex le 13 mars 2009 4:45

    Cette crise est grotesquement psychologique, Alain minc, octobre 2008.

    J’aimerais savoir se qu’en pense les 90 000 chômeurs de janvier du coté psychologique de cette crise…

    A.Minc est du même acabit que C.Lagarde, ils sont surtout la pour bien endormir le peuple (ou alors ils sont d’une incompétence flagrante, au choix).
    Le pire étant que certaines élites médiatique, politique et économique s’y laissent prendre.

    En gros, ils faut l’écouter, et faire le contraire, on est sur d’être dans le vrai.

  5.    impatient2 le 14 mars 2009 12:15

    je n’aime pas ce type, A Minc est un journaliste qui depuis plusieurs années est une star des médias il dit souvent tout et son contraire, pour se rendre intéressant il prone des idées nouvelles, des tendances bref du parisianisme de salon pour intellectuels en manque d’amour et de reconnaissance, pour moi ce type est à fuir, rien de bon dans ces écrits trop imbu de sa personne, bref tournez la page circulez y’à rien à voir ?!!

  6.    Isadanne le 16 mars 2009 1:54

    Encore une fois il n’a pas pu s’empêcher de dire une c….rie dans sa dernière apparition ches F.O.G sur France5. Les salariés vont cette année avoir un pouvoir d’achat extraordinairement élévé puisque les augmentations sont basées sur le coût de la vie de l’année passée ! Combien d’entreprises vont appliquer cette augmentation ? Pas beaucoup et en tous cas pas Bayer qui nous propose royalement 1% pour des bénéfices record !

  7.    Laurent Pelvey le 7 octobre 2009 2:54

    Minc, Alain Minc ? L’ancien balladurien, du temps où François Bayrou comme Nicolas Sarkozy appartenaient au même “cercle de la raison” et disqualifiaient tous les républicains défenseurs d’une autre politique ?
    Tout le monde a le droit de changer d’avis, même un présidentiable. Mais les bayrouistes qui tirent aujourd’hui sur Alain Minc, c’est assez comique…

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Mais qui connaît monsieur Minc ?
Le blog de la rédaction - 11 mars 2009
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