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[itw] Laurent Mauduit, journaliste et co-fondateur de Mediapart
3 avril 2009 | tags:capitalisme, décret, économie, laurent mauduit, mediapart, stock-options
Interview de Laurent Mauduit, journaliste économique et co-fondateur du site d’information Mediapart. Pour lui, le décret pour interdire les stocks-options aux dirigeants « est une hypocrisie ». Il dénonce également les travers d’un capitalisme « de la barbichette » qui donne lieu selon lui à des affaires de type Pérol ou Tapie.
Le gouvernement a annoncé un décret pour interdire l’attribution de bonus et stocks-options aux dirigeants des entreprises aidées par l’État. Ne fallait-il pas passer par une loi plus globale ?
Laurent Mauduit : C’est une hypocrisie pour des raisons simples. Dans les rémunérations des pdg, il y a des composantes multiples : salaire par fixe, par variable, les stocks options, golden parachutes.
Essayer de modérer des excès sur un plan conduit inévitablement à créer des excès dans un autre domaine. Il y a réflexion globale à mener et pas seulement une réflexion partielle. On voit donc bien que le dispositif pris par Nicolas Sarkozy est hypocrite : on ne touche qu’aux sotck-options et pas à la totalité des revenus, qu’aux entreprises aidées et ce n’est que provisoire (jusqu’à 2010).
Mais l’hyprocisie est ancienne : il y a plusieurs mois, le chef de l’état avait demandé au patronat (AFEP + Medef) de déterminer un code de bonne conduite en les menaçant de légiférer sinon. Or les six derniers mois ont été la chronique des entorses à ce code de bonne conduite et l’Etat n’a pas légiféré. A St-Quentin, Nicolas Sarkozy nous a encore déclaré « j’en appelle à l’esprit de responsabilité et la morale chez l’entreprise »…
Y a-t-il un problème de moral dans le capitalisme aujourd’hui ?
Laurent Mauduit : La vraie question dans une État de droit est d’imposer des règles et qu’on s’y tienne. Le capitalisme n’est ni moral ni immoral, il ne fonctionne bien que dans le cadre de règles d’un État de droit. Or depuis 20 ans, on vit une explosion des inégalités, je trouve, de manière très choquante.
Tout le monde oublie le plus grand scandale qu’on ait vécu ces 10 dernières années avec l’envolée des stocks-options : le plus grand scandale est celui qui lie Antoine Zaccharias (le patron de Vinci) et Alain Minc en juin 2006. Ce dernier est le conseiller proche du chef de l’Etat et de nombreux grands patrons, ancien président du conseil de surveillance du Monde. Dans les années 2002-2006, il est membre du conseil d’administration et du comité de rémunérations du groupe et il est l’un de ceux qui couvrent d’or le Pdg… et on découvre en juin 2006 qu’Antoine Zaccharias s’en va en Suisse avec un pactole de 250 millions d’Euros. On assiste à une scène d’hypocrisie invraisemblable où Alain Minc, dans une tribune il y a quelques jours dans Le Figaro, fait la morale à ses paires dans des termes condescendants avec sa « lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante ». Et que dit-il ? « Attention, disciplinez-vous sinon… » Mais il est lui-même un des acteurs principaux de cette forme d’enrichissement très scandaleuse !
La question qui se pose à tous ceux attachés à l’État de droit, c’est « quelles sont les bonnes règles ? ». Ce n’est pas sur un décret partiel sur l’une des parties de la rémunération qu’il faut agir. Il y a un débat d’ensemble à mener sur des choix de société : dans quelles conditions on récompense le mérite ? dans quelles conditions ceci est compatible avec les équilibres économiques et sociaux du pays ?
Y a-t-il un décalage entre les grandes sociétés où les acteurs des Conseils d’administration sont souvent les mêmes et le monde des PME, majorité des entreprises en France ?
Laurent Mauduit : Pour aller vite, si on prend le premier niveau, les grandes entreprises du CAC 40, on est dans une forme de capitalisme en France très particulier : le capitalisme de connivence ou de la barbichette, « je te tiens , tu me tiens et on se rend des services mutuels ». Depuis quinze ans, on vit une mutation du capitalisme : on passe d’un capitalisme dit rhénan (économie de marché adossé à un système de régulations sociales important) à un capitalisme très anglo-saxon où le marché est la seule mesure de toute chose. Ce capitalisme génère des comportements d’entreprises très nouveaux pour celles qui sont cotées. Du fait des privatisations de la génération Balladur - Sarkozy, ce sont les grands fonds anglo-saxons qui sont d’un coup les actionnaires principaux (ils contrôlent près de 45% des entreprises du CAC 40). Ils induisent des modes de gouvernement des entreprises très choquants. Par exemple, les stocks-options dans leur principe-même : la bourse est la seule référence de la vie de l’entreprise, ce n’est pas la logique industrielle ou sociale. « Faîtes monter le cours de bourse » : le pdg devient l’otage de ses actionnaires.
Alors que pour les PME, le chef d’entreprise doit prendre en compte les logiques boursières et industrielles : l’avenir de l’entreprise, sa cohésion sociale, ses perspectives financières, sa stratégie… Du coup, ne prendre qu’un décret partiel masque le débat de fond qui est un débat légitime : comment récompense-t-on le mérite ?
La bourse est l’alpha et l’oméga de la vie économique, je trouve que c’est un folie. D’autant plus que, structurellement, les stocks options conduisent aux délits d’initiés puisque pour les lever au bon moment il faut être initié. Mécaniquement, cela mène aux affaires qu’on a vues, de type EADS.
Faut-il supprimer les stocks-options ? Et comment récompenser le mérite autrement qu’à partir de l’étalon boursier ?
Sur l’affaire Pérol, avez-vous l’impression d’avoir eu raison avant les autres.
Laurent Mauduit : La transgression des règles de l’Etat de droit, qu’on a déjà vue d’ailleurs avec ce pouvoir avec l’affaire Tapie, est tellement nette avec cette affaire Pérol que c’est une bonne choses que la Justice soit actionnée et fasse son oeuvre. A elle de juger. J’ai révélé que François Pérol quittait l’Elysée et passait aux Caisses d’Epargne – Banque Populaire et j’ai été le premier à pointer le fait que c’était illégal. Il va de soi que je trouve une bonne chose que cette transgression ait un prolongement judiciaire.
J’ai le sentiment qu’on vit dans un capitalisme de très forte proximité entre le pouvoir élyséen et les milieux d’affaires. En clair que les « amis du Fouquets » gèrent un peu le pays à leur main. Autre chose est que ce système conduise aussi comme on l’a vu avec l’affaire Tapie et l’affaire Pérol à des transgressions des règles de l’État de droit. Si ces dysfonctionnements continuent, cela pourrait mener à une oligarchie avec des relents poutiniens. L’un des grands débats en économie doit être la re-régulation de l’économie mais aussi le respect rigoureux des règles de l’État de droit.
Merci à David Fourcault, Pauline Caillat et Fabien Cazenave pour la réalisation de cette interview.
Commentaires
| 3 Commentaires

Tout est dit !
François Bayrou devrait reprendre ces arguments (affaire Zacharias/Vinci) haut et fort, pour répondre à Alain Minc, qui l’a traité de “Le Pen light”. Quel homme méprisant et méprisable, hypocrite et condescendant ! Cela devient ridicule. L’entourage de l’Elysée n’a rien à gagner avec de tels profils.
L’analogie de la barbichette est trés juste, les conflits d’intérêts sont légions, encore un manque criant de pluralisme. Coïncidence, le “rebond” des places fiancières aux annonces du G20 ? Non, des pansements au lieu d’une opération lourde. Le chemin est là pour aller vers l’humanisme, il nous faut l’expliquer encore est encore.
Philippe
Je partage l’analyse de Laurent Mauduit. “Sur le Tapie” ayant déjà mis à jour tout le mensonge, les magouilles, toutes les malhonnêtetés de l’entourage de Sarkosy,l’hypocrisie entretenue sous des apparences d’avancées démocratiques, de sanctions financières, de volonté éthique, alors qu’aucune réelle volonté politique ferme existe, si ce n’est du trompe l’oeil,du placebo, du leurre pour endormir le citoyen qui est de moins en moins dupe. Il faut des lois non des décrets, appliquer les lois qui existent par des sanctions sévères, sans compromission, contre les tricheurs de toutes sortes. Ce président élu trompe chaque jour les Français, malgré son activisme, qui parfois pourrait faire croire dans certaines de ses initiatives qui semblent aller dans le bon sens, mais à chaque fois il y a un piège, c’est biaisé, pour continuer à favoriser tous ces êtres immoraux, profiteurs, qui jouent aux grands seigneurs méprisants et qui sont de vrais pourris.
C’est à nous de refuser un tel monde déjà en allant voter aux Européennes pour des candidats démocrates qui défendent des valeurs humanistes, solidaires,raisonnées, propres, notre survie sur cette planète finie,valeurs à porter au parlement européen, afin de les faire entendre et partager par les citoyens européens, car nous ne voulons pas que cette gangrène financière, d’intérêts pourris reparte, nous pouvons le faire par notre changement de comportement, par la mise en accord de nos actes avec notre prise de conscience. N’attendons pas que les politiques changent, mais changeons nos façons de faire, de consommer, devenons acteurs, responsables de notre vie là où nous sommes à notre petite échelle pour subir le moins possible. On peut renverser la vapeur. Qui veut Peut, mais tous ensemble