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Un livre d’avance
4 mai 2009
Pourquoi donc le livre de François Bayrou “abus de pouvoir” publié cette semaine n’est-il plus un simple ouvrage politique pour devenir un évènement ? Parce-que contrairement à l’idée répandue, ce livre n’est pas un pamphlet. Il ne s’agit pas du 151° ouvrage écrit sur Nicolas Sarkozy et sa façon de gouverner, ni de l’établissement d’un bilan critique, ni même d’un réquisitoire contre la politique actuelle.
Il s’agit d’un ouvrage qui met à jour le “système Sarkozy” comme personne ne l’avait encore fait, et montre comment, au delà des apparences et des errements conjoncturels régulièrement dénoncés, le président de la République met en place un système, un réseau, un mécanisme de fonctionnement qui peut mettre à bas les fondements même d’une république démocratique sociale et laïque, comme il est inscrit dans notre constitution. C’est un livre tendu, concentré, engagé, émotif qui veut faire renaître le besoin de république qui a si longtemps animé et en fut la légitime fierté. Il y a entre les lignes comme une sorte d’appel au réveil de tous les républicains.
Ce livre est le résultat d’un travail de réflexion et d’approffondissement qui a commencé par une question : ” pourquoi l’auteur était-il si heurté par la présence de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat ? Quelles valeurs sont-elles touchées pour que le rejet soit si violemment vécu ? Pourquoi l’idée même d’une réconciliation apparait-elle improbable, voire impossible ? Bien sûr pendant la campagne présidentielle, François Bayrou et Nicolas Sarkozy avaient affiché des projets très différents, des valeurs souvent en opposition, des personnalités assez dissemblables et avaient esquissé des futurs assez différents pour le pays, mais demeurait le sentiment que l’irréversible navait pas été franchi.
Puis se sont succédés le couronnement au Fouquet’s, le voyage de noces avec le pouvoir sur un bateau privé appartenant à l’un de ses riches amis, les embrassades avec G.Bush quelques semaines plus tard, les nominations de convenance et de connivence par dizaines, la mise sous le boisseau du premier ministre et de l’ensemble du gouvernement, la désinvolture avec les fonctionnaires d’Etat, le discours de Latran avec un sérieux coup de canif à la laïcité, le discours de Dakar, la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, les renforts militaires envoyés en Afghanistan, la maltraitance imposée au monde universitaire et à celui de la pensée, son incapacité à reconnaitre des limites à son propre pouvoir, cette façon aussi d’humilier les dépositaires de l’autorité publique que ce soient les préfets, les cadres de l’armée ou les juges.
Comme l’écrit François Bayrou, “l’enfant barbare” était lâché avec pour objectif de briser ce que des siècles avaient installé. Si bien que les divergences ou les différences se sont métamorphosées en opposition déterminée et irréductible. Alors François Bayrou a décidé d’écrire un livre pour dénoncer les mauvais traitements infligés à la République, un peu comme François Mitterrand l’avait fait avec le “coup d’Etat permanent” en 1964. Il y avait à ce moment là, possibilité d’un livre pamphlet.
Mais chemin faisant, page noircie après page noircie, après réflexions approffondies et rencontres multiples, François Bayrou a mis le doigt sur autre chose : il a vu la mise en place clandestine d’un pouvoir autonome puissant, alliant des banques, des médias, des industriels et des fonctionnaires : un système en réseau qui pourrait exister un jour indépendamment des pouvoirs publics et éventuellement en mesure de défier la volonté démocratique des Français exprimée à la suite d’une élection. La constitution d’un tel noyau dur comme on disait du temps de Balladur, est considérée par F.Bayrou comme un danger mortel pour la République.
La théorie développée par F.Bayrou peut paraitre outrée ou exagérée, mais à son appui, il énumère quelques faits troublants et inquiétants : le soin apporté à ses relations dans les domaines de la finance, de l’industrie des affaires et des médias et à la constitution de cet agrégat, l’énergie qu’il déploie à nommer à toutes ces fonctions amis et proches, dans le privé comme dans le public, même si pour celà il faut bousculer les règles en place et mettre à mal les principes de la République, comme si la priorité absolue pour Sarkozy était la mise en place de ce réseau. Tous les présidents bien entendu, ont nommé des proches à des postes stratégiques. Ca ne date pas d’aujourd’hui. Mais aucun peut-être n’a ainsi colonisé la haute administration, les médias, le système bancaire et le monde industriel. C’est comme une sorte d’empire indépendant au coeur de la République.
Que reste-t-il alors des fondements de la République, que F.Bayrou appelle les “piliers de la nation” : la recherche de l’égalité des chances, la défense de la laïcité, la séparation des pouvoirs, une transparence minimum, le respect des parcours d’excellence républicains sanctionnés par des diplômes, enseignement partout pour tous et accès aux soins de santé… sur toutes ces questions, les deux hommes et les deux démarches sont aux antipodes.
Dans ces conditions, il n’était pas nécessaire d’adjoindre un programme d’action à une visite si précise et si critique du pouvoir actuel. Chaque page accusatoire porte en elle l’esquisse de la société différente que F.Bayrou tentera d’installer. Tout ce travail de revisite de la politique de Nicolas Sarkozy et de refondation de la société française aurait dû être mené par le parti socialiste. Mais le PS est exangue, englué dans des querelles de personnes, des divisions sur le fond comme dans l’insoluble problème des alliances. Et pour longtemps.
C’est donc F.Bayrou qui aura ouvert le chantier de la reconquête, prenant une avance, qui, le jour venu, sera décisive. Enfin, si la sortie de ce livre fait tant de bruit, si les médias sont si nombreux à inviter F.Bayrou, c’est aussi que le livre correspond à un besoin : ce besoin de République que nous sommes très nombreux à ressentir et même à exiger, y compris parmi ceux qui ont voté Nicolas Sarkozy il y a deux ans.
Un article de Philippe Lapousterle pour lesdemocrates.fr
Photo d’après “pierremeunie” : http://www.flickr.com/photos/
Commentaires
| 7 Commentaires

Bien au delà d’un pamphlet antisarkozyste à visée électorale comme certains se plaisent à le dire, ce livre s’attaque comme jamais auparavant aux puissances financières qui dominent la planète dans la mondialisation, incarnées par une oligarchie qui est la nouvelle aristocratie d’aujourd’hui. Ce livre ouvre nos yeux sur le point charnière d’évolution de civilisation impliquant les peuples dans le choix qu’ils devront faire entre la passivité, le consentement d’un modèle injuste et destructeur, et la résistance à ce modèle, pour repartir sur d’autres bases humanistes, justes, démocrates, durables. Tout ceci est très profond et loin d’une simple “posture électorale” et les lecteurs en conviendront, citoyens, journalistes, intellectuels, quel que soit leur engagement politique.
Notons que dans son livre caustique et acide sur la personne et la politique de Nicolas Sarkozy, François Bayrou présente pourtant ce dernier sous un angle avantageux malgré l’ apparence enfantine, se rélélant en fait un stratège, qui a un plan à long terme et l’a anticipé depuis des années, déjà à Neuilly pour poser tous ses jalons et se créer un réseau de relations parmi les puissances financières, médiatiques, et le star system. A mon avis Sarkozy n’est pas si intelligent. Son comportement est primaire et non secondaire. Il a une réelle naïveté enfantine, cherchant à plaire et à copier la vie des autres plutôt qu’à vivre la sienne comme l’a relevé Bayrou. En revanche, les puissances financières elles sont intelligentes, organisées, manipulatrices et ce sont elles qui ont utilisé Sarkozy comme instrument de leur pouvoir. Elles l’ont placé sur le trône et tirent les fils de cette marionnette par l’entremise de ses conseillers et de ses relations proches. Non seulement il est incapable d’écrire ses discours, ni d’aligner deux phrases en bon français, mais il ne les relit même pas (exemple évident du discours de Dakar) et quand il les lit il reste rivé sur le texte car il ne le connait pas, ne se l’est pas approprié.
François Bayrou aurait pu ajouter un épisode dans le feuilleton de ces deux années de présidence sarkozienne (notez la différence avec le terme “sarkozyste”) : l’invitation en grandes pompes du dictateur Libyen Khadafi, a qui il a déroulé le tapis rouge et accepté une humiliante mascarade, tout ça pour lui vendre de l’énergie nucléaire dont son pays n’a pas besoin, regorgeant de pétrole et de soleil pour l’énergie renouvelable d’avenir, si ce n’est pour s’initier au nucléaire pour d’autres raisons …
Dans l’émission “Chez FOG”, le porte parole de l’UMP a qualifié le livre de “caricature”.
Je pense que François Bayrou doit le prendre comme un compliment. En effet une caricature est un “dessin” qui met en avant les traits les plus caractéristiques d’un visage, ceux qui font sa personnalité. C’est pour cela qu’on reconnait plus facilement le modèle qu’avec un dessin réaliste.
Frédéric Lefebvre a du vite y reconnaître Sarkozy, il est bien placé pour cela!
Après l’éclairage apporté par ce livre, je m’inquiète de ce que peut cacher la rencontre Tom Cruise (haut cadre scientologue) avec Sarkozy, avant l’élection.
J’ai été agréablement surpris par ce livre; car les critiques n’y sont pas une fin en soi, mais le point de départ d’une analyse du sujet s’appuyant sur des valeurs. En outre il s’appui, le plus souvent, sur des faits connus et incontestables.
J’y voit donc, implicitement, la base d’un programme, dont il ne reste plus qu’a préciser les détails (esquissé quand même à la fin du livre).
Je conseille donc vivement sa lecture à toute personne s’intéressant à la politique.
Ce livre est passionnant.
Et ce n’est ni la charge annoncée contre Sarkozy ni même un pamphlet.
C’est également tout entier un programme.
[...] d’une alternative aussi ambitieuse que courageuse : donner confiance à la société. Un livre d’avance bien sûr en ce sens où il esquisse cette alternative, proposer un autre chemin est de tout temps [...]
Marie-Anne Kraft, je suis tout à fait d’accord, Sarkozy est un faire-valoir “surévalué”, il n’est que le maître d’œuvre d’un plan méthodique calqué sur la stratégie d’inégalités croissantes et de déstabilisation appliquée depuis des décennies par le complexe militaro-industriel et financier d’un “modèle” américain, qui avec ses relais “idéologiques” mondiaux, constitue le véritable initiateur et commanditaire de ces multiples abus de pouvoir.
En France notamment, un de ses principaux centres d’influence, le Siècle, ce club de réflexion que connaît bien François Bayrou, qui rassemble la quintessence du pouvoir politique, économique, médiatique et intellectuel, a sans doute si bien “influencé” Nicolas Sarkozy, qu’il est remonté depuis comme un automate qui gesticule en tous sens, en disant tout et son contraire au fur et à mesure des événements, sans trop savoir où “les autres” le mènent, ces barons du capitalisme et ces experts en communication, vis-à-vis desquels il doit toujours ressentir un léger complexe d’infériorité, tant qu’il n’est pas aussi “bankable” qu’eux…
ok ‘bin’ merci de m’avoir donner ce lien..
am
(maintenant faudrait changer de style sur les videos par ex tjrs euh.. trop gentilles)
..faut changer de style c’est impératif.
09608-SLD messieurs dames les lecteurs,Salut Les Démocrates comme disent les jeunes,brièvement je veux dire que j’ai acheté plustôt rapidement ce document aprés la lecture du Au Nom Du Tiers état puis projet d’espoir déjà mal titré comme le dernier ABUS DE POUVOIR? ,selon mon avis après 1/3 DE LECTURE QUI SERA CONTINUéE dès que possible, même à la retraite ,surtout à la retraite on a beaucoup de temps libre,alors agissons pour l’amélioration de la situation politique de l’europe en appliquant le programme MoDem,dur dur messieurs dames !!?-TOTONPAZOK à+