Après la mort du 29ème soldat français tombé en Afghanistan depuis 20012, Nicolas Sarkozy a réaffirmé la détermination de la France à ” lutter aux côtés du peuple afghan contre l’obscurantisme et le terrorisme “. Bernard Kouchner qui aime à rappeler ses campagnes d’Afghanistan en tant que médecin, a confirmé qu’à ses yeux, cette mission était “indispensable”.

Il est toujours malaisé de critiquer une opération extérieure lorsque les forces françaises y sont engagées. Les soldats déployés obéissent aux ordres, sont imprégnés du discours officiel et combattent avec courage pour des objectifs qui leur sont présentés comme légitimes et vitaux pour la sécurité du peuple français. Mais c’est leur rendre hommage et c’est prendre attention à eux que dce s’interroger sur les missions qui leur sont confiées.

Les questions sont légitimes, comme les critiques, dès lors que la vie de soldats est en danger. Et de ce point de vue, ce ne sont pas les interrogations qui manquent. La mission a pour définition de lutter contre l’organisation extrémiste “Al Quaida”. Plusieurs années de présence après, force est de constater que cette organisation est toujours active, que les attentats à travers le monde n’ont pas cessé, et qu’elle ne semble même pas affaiblie. Certains témoins n’hésitent pas à dire que la présence des forces de la coalition a “fabriqué” plus d’extrémistes qu’elle n’en a neutralisés.

Voilà l’état des lieux, et le sinistre bilan. Alors qu’un raid ait été nécessaire en 2001 pour briser l’infrastructure terroriste des talibans, celà ne fait pas de doute, et les gouvernements et la communauté internationale ont considéré l’action comme légitime. Mais huit années plus tard, le bilan est très négatif. Alors les gouvernements alliés utilisent souvent l’argument suivant: “peut-on laisser les Afghans aux prises avec les talibans ? ” Mais la réalité est que notre présence même fabrique des extrémistes, des talibans, qui se retourneront contre les Afghans, le jour prochain où les alliés quitteront le pays.

Celà s’est toujours passé ainsi avec les armées d’occupation au cours des dernières décennies. Combien de fois avons-nous entendu le même refrain sur notre présence nécessaire, sur les “missions de pacification” ou ces “opérations de police” qui soi disant n’étaient pas des guerres. Tous ces conflits se sont achevés, l’amertume au coeur et la jeunesse en colère devant les sacrifices inutiles.

Combien de temps encore oublierons-nous ces leçons du passé ? La communauté internationale et la France peuvent participer à des opérations de garantie de la paix, après que des accords ont été conclus, un peu à l’image de ce qui s’est fait à Chypre ou dans l’ex Yougoslavie.

Mais installer la paix par la guerre, imposer la démocratie et la liberté par des opérations militaires, on connait les limites de l’exercice et le prix payé.

Un article de Philippe Lapousterle pour lesdemocrates.fr

Photo d’après “mateus27_24-25” : http://www.flickr.com/


Commentaires



| 5 Commentaires

  1.    bluerider le 5 août 2009 11:23

    On aimerait savoir les raisons de notre présence là-bàs. Même FRANCE2, lors des obsèques du dernier soldat français tué là bàs (23 ans je crois) n’ont pas pu s’empêcher de diffuser ce que TOUS les soldats pensent: Ce n’est pas notre guerre, et ce n’est même pas, j’ajoute, UNE guerre tout court.

    Les talibans avaient promis, en direct sur CNN, de remettre Ben Laden, contre les preuves de son implication dans les attentats du 11/9. On attends toujours…

    Je me méfie des preuves qu’on nous assène comme des évidences.

    Cette guerre a été organisée bien avant le 11 septembre. elle a été évoquée lors des discussions avancées avec les talibans à Berlin à l’été 2001 ” ce sera un tapis de dollars, ou un tapis de bombes”, avaient dits les émissaires américains, en présence d’un haut fonctionnaire pakistanais qui a rapporté les faits… Il était question de pipelines, pas de démocratie!

    le Président de la commission officielle sur les attentats du 11/9, Thomas Kean, est l’un des actionnaires de AMERADA HESS, société de construction du pipeline BTC Bakou Tbilissi Ceyhan, qui fut construit à la suite des attentats… Indépendance… mon oeil!!!

    Et les bases US et OTAN suivent… l’itinéraire des pipelines, pas celui des bureaux de vote.

    Amid Karzaï est une potiche élue par à peine quelques % de la population afghane. il est ancien membre du bureau de direction de UNOCAL, une autre sté pétrolière installée en Afghanistan…

    Au vu de la configuration géographique du pays, un rapide coup d’oeil sur google earth vous fait vite comprendre que pour des électuions démocratiques dans ce pays, ce ne sont pas 50 000 soldats qu’il faut, mais 1000 000 au minimum! Pour contrôler les vallées reculées, pour alphabétiser les campagnes, pour construir eels infrastructures nécessaires à l’exercice de la démocratie…

    … dont TOUS les afghans se foutent “comme de l’an 40″ dirait-on chez nous.

    alors comme le dit Melenchon: Nous n’avons rien à faire en Afghanistan. Laissons ce peuple disposer de lui-même, à son rythme, avec ses contraintes nombreuses, et qu’il prenne de notre “occident” ce qu’il vaut bien, et non une démocratie au forceps à des fins géostratégiques condamnées à l’échec et la honte, tant il y a de morts civils (50 pour 1 militaire!) là bàs. Dehors l’OTAn et dehors les GI’s!!!

  2.    orchidee le 10 août 2009 3:07

    Je suis convaincue que cette ” guerre” n’est pas la meilleure solution , je serais même contre , mais si tous les soldats étrangers se retiraient , laissaient le pays aux seuls Afghans ne pensez vous pas que les Talibans referaient de ce pays le pays soumis et moyenâgeux d’avant 2001? Pourrions nous encore aider à la scolarisation , à l’émancipation des femmes …?Les ONG seraient interdites de territoire !
    Je n’ai pas la solution , je pense qu’on a fait une erreur tactique dès le début et nous sommes dans notre propre piège .

  3.    ArnaudH le 11 août 2009 11:04

    M. Lapousterle

    Il y a une forte nuance entre une “impossible victoire” et la qualification “armée d’occupation”. L’un correspond à un jugement sur la stratégie militaire, l’autre réduit drastiquement le rôle des militaires français et plus largement des forces internationales de l’ISAF (a distinguer de celles utilisées par Enduring Freedom) en créant un amalgame historiquement abusif qui n’aide pas la remise en cause stratégique. Sans nier les problématiques civilo-militaires actuelles et le nombre conséquent de morts et autres « dommages collatéraux », la guerre civile à répétition en Afghanistan n’est pas le fait des forces internationales, ou alors on nie totalement le rôle du Front Uni/Alliance du nord face aux talibans, celui le l’ISI pakistanais en Afghanistan, les guerres (tribales, ethniques, religieuses) antérieures post-occupation soviétique, les apports financiers et en armes / stratégies énergétiques de l’ensemble des puissances régionales et extra-régionales.

    Il y a aussi une erreur dans la conclusion, les forces françaises sont intervenues en ex-Yougoslavie avant la signature des accords de paix (notamment au Kosovo, et tandis que les cessez-le-feu n’étaient pas respectés en Bosnie). Par contre, en effet, à l’heure actuelle, en Afghanistan il s’agit bien d’une guerre et non d’une action de police.

    Ces précisions passées, l’article ne va pas au coeur des problématiques:

    - comment transformer une guerre en action de police / action de développement? a priori par le biais d’une négociation de sortie diplomatique, une stabilisation politique (voire une remise en cause institutionnelle) et un renforcement des moyens liés au développement du pays.

    - sortir d’Afghanistan signifie négocier un minimum de stabilité pour les populations afghanes, c’est-à-dire accepter une négociation avec les talibans avec le risque d’une reprise des hostilités post-départ des forces internationales (que l’ANA ne sera pas en mesure d’arrêter) et mainmise des talibans sur l’ensemble des territoires non dominés par les tadjiks, kirghiz, shiites. Seule la mise en place d’un système sécuritaire régional pourrait éviter cette situation, avec son corolaire sécuritaire national intégrant les talibans, bien que cela soit fortement optimiste à l’heure actuelle. Le plus probable est donc une re-talibanisation des deux-tiers du pays avec ce que cela implique socialement.

    - laisser l’Afghanistan dans une situation d’instabilité signifie le besoin de renforcer la sécurité de tous les pays environnants, avec une course aux armements probable et un renforcement des justifications liées à la nucléarisation militaire de l’Iran. Bis, un système de sécurité régional sera inévitable même en cas de départ de l’ISAF sans remplacement. Non accordé au préalable avec l’ensemble des forces en présence au niveau régional, il peut mener à une ou plusieurs nouvelle(s) guerre(s) froide(s)/guerre(s) tiède(s) en Asie du Sud (la situation post-soviétique et pré-2001 de l’Afghanistan en était déjà une déclinaison, la Russie et l’Inde soutenant le Front Uni/Alliance du Nord, et le Pakistan, l’Arabie Saoudite et les EAU soutenant les Talibans).

    - sortir d’Afghanistan ne résout pas le problème pakistanais, il le renforce, avec ce que cela implique en termes de déstabilisation d’une puissance nucléaire et le risque pour l’ensemble des puissances régionales environnantes (Inde, Chine, Russie, Iran) et les Etats issus de l’ex-URSS qui seront eux-aussi facilement déstabilisés. Bis repetitas sur le système de sécurité régional (une stratégie de sortie / stabilisation qui n’intégrerait pas l’ensemble des autres acteurs régionaux serait irresponsable de la part de ceux qui auront attisé le conflit).

    - le développement d’Al Qaïda, tout comme celui de l’Aqmi (« au Maghreb Islamique »), d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (etc.) fait partie d’une problématique distincte de celle des talibans. Chercher à justifier le départ des troupes de l’ISAF d’Afghanistan pour cause de développement d’Al Qaïda dans la région (et donc échec des raisons officielles initiales de l’intervention) ne répond pas à la problématique talibane et régionale afghane. La dissociation entre les talibans et Al Qaïda (qui sera extrêmement difficile à négocier et invérifiable dans les faits) doit être une condition sine qua non du retrait des forces internationales en Afghanistan (tout en préservant un droit de regard et d’intervention sur les activités nationales éventuelles d’Al Qaïda). La lutte contre Al Qaïda doit être totalement repensée, notamment dans le contexte sud-asiatique, et encore une fois en y associant l’ensemble des autres acteurs régionaux, et notamment dans ce cas précis, l’Inde qui commence à subir le contre-choc de la déstabilisation politico-militaire du Pakistan.

    Alors au delà de la prise de position de politique nationale nécessaire, cherchant à « protéger » les troupes françaises, il s’agit de s’ériger en « Hommes d’Etat », avec une diplomatie de guerre responsable, uns stratégie régionale et internationale cohérente, répondant à l’ensemble des défis de la crise afghane et non seulement aux problématiques immédiates. Il s’agit de proposer une véritable stratégie alternative (avant tout diplomatique et politique, avec un fond de structure sécuritaire régionale et de réalisme stratégique) pour répondre à « l’impossible victoire » et dépasser la simple dénonciation de tactiques inefficaces. Après huit ans de guerre, cela semble être la moindre des choses.

    PS : autres écrits - pas tout récents - sur le sujet :
    http://www.quindiblog.eu/log/2008/04/quindi-malgr-le.html
    http://www.mediapart.fr/club/blog/arnaudh/110908/afghanistan-reponse-a-l-article-de-m-plenel

  4.    philippe lapousterle le 12 août 2009 11:47

    Cher ArnaudH

    Celà fait bien longtemps que je lis avec intérêt et attention vos papiers. Ils sont toujours documentés,travaillés,solides et plus intéressants que les contributions de revues spécialisées. Votre site internet est remarquable et utile. Il est un exemple en même temps qu’une réponse à ceux qui contestent qu’avec internet sont nées une liberté nouvelle et une connaissance plus accessible.
    Pour en venir au papier “impossible victoire”, vous notez qu’il ne va pas “au coeur des problématiques”. Je vous le concède bien volontiers;mais tel n’était pas son propos. Il s’agissait plus simplement de répondre aux discours et déclarations officiels qui ont suivi la mort du dernier soldat français en Afghanistan. Ils laissaient entendre comme toujours dans ces circonstances, que cette bataille était “indispensable”,voire “vitale”, qu’il en allait de la “sécurité de notre territoire et de nos citoyens”, que la stratégie déployée était la seule possible et que la bataille pouvait être gagnée. Voilà les affirmations que je contestais par cet article. Je crois d’ailleurs qu’une réflexion xur l’interverntion alliée en Afghanistan est indispensable et urgente.Ce qui se passe en Grande Bretagne en témoigne.
    Quant à l’expression “armée d’occupation”,je sais bien que ce n’est pas le statut des forces engagées à Kaboul. Une partie du texte que j’avais écrit a disparu lors de la transmission. J’y écrivais qu’à certains moments de leur histoire, les peuples avaient pu, collectivement,commettre des erreurs.Mais qu’aucune population ne s’était trompée lorsqu’il s’était agi de qualifier une armée étrangère stationnée sur son sol. Que toutes les populations avaient su distinguer une armée d’occupation d’une armée de libération.Je disais que pour le moment, la population afghane dans son immense majorité ,voyaient plutôt les forces alliées comme une force d’occupation.D’où l’utilisation de l’expression.
    Je continuerai à vous lire et à apprécier votre réflexion en espérant qu’un jour le hasard ou la décision nous permettre de nous rencontrer
    Bien cordialement
    Philippe Lapousterle

  5.    ArnaudH le 12 août 2009 4:09

    M. Lapousterle,

    Merci beaucoup pour votre commentaire et ces précisions. J’en profite aussi pour vous remercier pour tous les services que vous rendez au MoDem , en espérant vous croiser à l’occasion et en discuter de vive voix.

    Je suis en accord total avec vous sur le besoin de contester la stratégie déployée et la qualification de « seule stratégie possible ». Le débat politique français sur ce sujet est, en effet, sérieusement défaillant. Cependant, un retrait des forces internationales est uniquement envisageable dans le cadre d’une régionalisation des facteurs sécuritaires, d’une négociation politique avec les talibans permettant la dissociation entre ce groupe et Al Qaïda et leur intégration dans un nouveau système institutionnel, et d’une aide internationale pour la structuration institutionnelle, économique et sociale du pays. Si ces conditions ne sont pas remplies, un retrait pourrait avoir des conséquences encore plus catastrophiques pour les populations de la région (au sens large). Il est donc nécessaire d’intégrer ces éléments dans le débat politique français et national de chacun des pays participant à l’ISAF au plus vite.

    Sur « l’armée d’occupation », je n’ai pas assez de données du terrain (à vérifier notamment avec le Général Morillon à son retour, et suite aux résultats électoraux à venir), mais il me semble tout de même que la remise en cause (même si relative) des politiques sociales et économiques des talibans doit trouver un assentiment d’une part conséquente de la population afghane, surtout urbaine (qui sait d’avance qu’elle se retrouvera à nouveau soumise aux talibans en cas de retrait des forces internationales). De même, lorsque les politiques de développement des forces internationales et de l’ONU, ainsi que les efforts institutionnels (police, santé, éducation, politiques spécifiques aux femmes, etc.) dans les zones de moindre tension, donnent des résultats sur le terrain, cela serait surprenant de les voir critiqués (sur le principe, hormis les défaillances de fonctionnement). Ces efforts, de par les moyens humains et financiers déployés, ne sont pas des alibis de la stratégie militaire qui justifierait la qualification d’une « armée d’occupation ». Par contre, les stratégies militaires, diplomatiques (internationales) et politiques (nationales) défaillantes à ce jour, empêchent un plus grand déploiement des forces civiles qui permettraient de rééquilibrer la nature même de cette intervention internationale (notamment entre nord et sud / est du pays). Je crois donc que nous sommes plutôt dans une zone grise qui ne correspond ni à une « armée de libération » ni à une « armée d’occupation », mais une intervention hybride et perfectible à tous les niveaux avec des partenaires nationaux inégaux, propre aux conflits régionaux du XXIème siècle.

    Le processus électoral, malgré toutes ses imperfections et la non-participation des talibans (par choix), permet aussi d’avoir une lueur d’espoir dans un pays où toute alternance politique aura été du fait d’une guerre civile. Tout comme au Pakistan, où il est seul capable de résister à la montée en puissance politique des extrémistes, ce processus doit être poursuivi, démocratisé et institutionnalisé. Sur le long terme, il démontre une volonté de dépassement du statu-quo et la possibilité, même si lointaine, d’une normalisation du conflit permanent.

    Très cordialement,

    Arnaud Hoyois

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