Les journalistes, les associations, syndicats et tous ceux qui connaissent le métier avaient accepté de garder un silence relatif après l’enlèvement de 2 journalistes de FR3 en Afghanistan. Des proches du pouvoir expliquaient que ce mutisme permettrait sans doute une libération plus rapide des otages.

Mais le silence n’a pas été rompu par ceux à qui il était demandé, mais par ceux là même qui en expliquaient la nécessité. “Il faut que les Français sachent le coût de cette histoire” a commenté le président de la république en conseil des ministres, et Claude Guéant de renchérir en voyant dans le reportage de ces journalistes en Afghanistan “une chasse au scoop”.

M.Guéant est peut-être un bon préfet, un conseiller efficace, mais sa méconnaissance du journalisme explique peut-être l’inanité de sa remarque.

Certains journalistes se livrent parfois à une chasse au scoop lorsqu’il s’agit de traquer quelque célébrité en maillot de bain ou de saisir une situation scabreuse. Là, la concurrence est féroce, la compétition farouche et la perspective de gains élevée.

Mais personne ne peut espérer “faire un scoop” en s’aventurant dans une vallée d’Afghanistan pour une émission magazine de FR3. Il n’existe aucune compétition, aucune rémunération alléchante n’est à attendre par les journalistes du service public. C’est tout simplement la nécessité ressentie de parcourir une vallée pour effectuer le reportage le plus complet possible au service des téléspectateurs.

Et personne en la matière ne doit accepter une quelconque ingérence de la puissance publique.

J’ai vécu 8 ans au Liban pendant la guerre. Les Français étaient appelés par l’ambassade de France à quitter le pays. La poignée de journalistes français que nous étions est restée pour témoigner tout simplement parce-que tel était le sens que l’on donnait à notre métier et à notre devoir. Il nous arrivait même d’en être fiers.

Et obtempérer à ce moment à une instruction gouvernementale de quitter le pays pour raison d’insécurité, c’est abandonner sa carte de journaliste, tout simplement.

Et par parenthèse, les citoyens étaient mieux servis d’être informés par les journalistes restés sur place plutôt que de se contenter de communiqués officiels pour solde de tout compte.

Si nous continuons comme cela, les journalistes français seront bientôt interdits de déplacement en zone dangereuse ou même instable. Viendra le jour où les rues de nos cités leur seront fermées lorsqu’il s’y dérouleront des troubles… Pensez… il faudrait quelques policiers et quelques dépenses pour rétablir l’ordre. Les commissariats de police seront seuls habilités à décrire les éventuels incidents qui surviendraient sur la voie publique.

L’invasion des considérations financières doit trouver ses limites. Furent des temps encore récents pendant lesquels les chaines de télévision affichaient l’image de leurs journalistes pris en otage, des temps pendant lesquels les citoyens français manifestaient leur solidarité avec leurs compatriotes emprisonnés parcequ’ils voulaient les informer, des temps pendant
lesquels le pouvoir n’avait pas que le tiroir caisse en tête lorsqu’il parlait des journalistes français embastillés à l’étranger. Et tous les témoignages sont formels : c’était un secours pour les otages que de savoir les Français et les autorités solidaires de leurs sort.

Ne nous laissons pas intoxiquer par ce langage inadmissible.

Et qu’on arrête de nous faire croire que la liberté qui n’a pas de prix, n’a aucun coût.

» Un article de Philippe Lapousterle pour lesdemocrates.fr


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Liberté à l’encan
Le blog de la rédaction - 24 janvier 2010
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